ENTRETIEN
AVEC MIKE TYSON
Quelques
instants après s'être vu accordé une licence
par l'Etat du New Jersey, Mike Tyson quitta les bureaux de
la Commission Athlétique du New Jersey et monta dans
sa Bentley rouge pour se rendre au "Willie's" un
restaurant de Trenton.
Peu de journalistes l'ont suivi. Fier et heureux, Tyson jette
son menu et lance : "Diable ! Je suis si content d'avoir
obtenu ma licence que je ne sais pas quoi choisir !"
Alors
que de nombreux Etats ont choisis de suivre les recommandations
de la Commission du Nevada, Larry Hazzard, le délégué
du New Jersey a décidé de licencier Tyson
pour l'année en cours. "Le Nevada a toujours
été dans la position de montrer la voie. Cette
fois-ci, j'ai eu la possibilité de décider
que Mike Tyson peut être licencié. Il est temps
d'oublier ses anciennes fautes. Il aime tant combattre ici
que je suis sûr qu'il y livrera ses derniers combats."
Le 30 juillet prochain, Mike Tyson affrontera finalement
le Britannique Danny Williams (30 ans, 31-3, 26 KO), un
bien meilleur adversaire, en lieu et place de l'Irlandais
Kevin McBride jugé "trop gourmand". Ce
combat reste programmé à Louisville dans le
Kentucky.
Le bruit
de la présence de Tyson se répandant rapidement,
la foule grossit sans interruption à l'extérieur
du restaurant. Mais Tyson détendu a pris le temps
de converser avec nous.
NB:
Mes félicitations pour avoir
obtenu une licence ici...
MT: Je suis vraiment content. Vous ne pouvez pas savoir
! J'ai hâte de pouvoir revenir boxer dans le New Jersey.
Si il n'y avait pas Larry Hazzard, je ne sais ce que j'aurais
fait. Il a créé un précédent
et en me donnant cette licence il me permet de gagner ma
vie à nouveau.
NB:
Vous avez repris l'entraînement
physique il y a deux mois et Freddie Roach dit que vous
êtes très concentré et déjà
en forme...
MT: Je pèse un peu moins de 104 kilos et je me sens
incroyablement bien. Je m'entraîne tous les jours
et c'est vraiment un plus de travailler avec Freddie. Avec
Ian, Panama, Tom et Allen, ils me motivent vraiment. On
travaille dur mais ça me plait.
NB:
Pensez-vous redevenir le King des
lourds ?
MT: J'aimerais. Si je continue à travailler très
dur, je pense que c'est possible. J'aimerais gagner un nouveau
titre mondial !
NB:
Finkel a déclaré qu'il
veut vous organiser trois combats d'ici la fin de l'année.
Qui aimeriez-vous rencontrer ?
MT: Ca m'est égal... Je veux juste boxer. J'apprécierais
tous ceux qui veulent bien m'être opposé.
NB:
Si on regarde les classements, nombreux
sont les poids lourds sous contrat avec Don King, êtes-vous
prêt à faire affaire avec lui ?
MT: Je n'en veux plus à Don. En fait, je n'en veux
plus à personne... Aujourd'hui, je suis tout simplement
heureux d'avoir obtenu cette licence ! Je suis d'accord
pour boxer qui veut et autorise tout le monde à promouvoir
mes combats... Si c'est profitable bien sûr, j'ai
besoin d'argent !
NB:
Si Cus D'Amato était encore
là, votre vie serait la même ?
MT: S'il était vivant, j'aurais eu une vie différente.
Il aurait eu une influence positive sur moi. Mais heureusement,
je suis toujours là et je peux encore monter sur
le ring en son honneur. Je peux encore faire des choses
dont il serait fier. Il me manque beaucoup.
NB:
Alan Dershowitz vient d'écrire
un livre intitulé "Le procès de l'Amérique"
Dans lequel il se dit convaincu que vous n'avez pas eu un
procès équitable lorsque vous étiez
accusé de viol. Quel est votre sentiment ?
MT: A l'époque, je savais que mon procès n'était
pas équitable. Les preuves de mon innocence étaient
disponibles mais pas acceptées. Je ne suis pas un
violeur, mais un noir aux Etats-Unis et les gens étaient
impatients de me condamner. C'est horrible de condamner
un innocent. Je sais que désormais c'est écrit,
je n'ai pas eu un procès équitable. Mais les
gens ne veulent pas y croire et dire que notre justice est
mal faite.
Il y a beaucoup de prisonniers qui n'ont rien à faire
en prison. Ils sont, comme moi, victimes d'un système.
Lorsque j'étais en prison, cela m'a fait avoir aucun
respect pour la société, ça m'a marqué
et c'est très dur à surmonter. J'y travaille
encore tous les jours.
NB:
Les grands techniciens comme Cus d'Amato
ou Eddie Futch se font plus rare désormais. Comment
voyez-vous la boxe évoluer ?
MT: Cela n'est pas bon. Aujourd'hui, les boxeurs ont tendance
à tout miser sur un coup et ne respectent pas leur
entraîneur. Ils n'écoutent pas et ne veulent
rien apprendre. Sur la durée, ils le paieront. Négliger
l'apprentissage, la technique, la tactique finiront par
faire de la boxe un sport sans âme.
NB:
Quels sont vos contemporains que vous
auriez aimé boxer ?
MT: Je n'ai jamais envisagé de combattre contre Riddick
Bowe, a aucun moment. Et cela n'arrivera jamais car c'est
un ami que j'aime. Nous étions à l'école
ensemble ! Par contre avec Ike Ibeabuchi s'aurait pu être
intéressant.
NB:
Votre tatouage sur la figure est assez
sympa. Quand et comment en avez-vous eu l'idée ?
MT: On me l'a fait à Las Vegas, d'après un
dessin Maori. Ca a pris près de trois heures. Je
pensais faire la même chose de l'autre coté
de ma figure, mais j'ai renoncé. Je vais plutôt
l'agrandir vers mon menton et la poitrine. Ma dernière
petite amie ne voulait pas, mais comme elle ne veut plus
sortir avec moi... je crois que je vais le faire.
NB:
Partout ou vous allez, vous attirez
les supporters. Au Madison Square Garden, le soir de Byrd-Golota,
vous avez reçu une véritable ovation, comment
ressentez-vous cette admiration parfois excessive ?
MT: Ce soir là ça a été formidable.
Je me suis senti immense. Cela m'a redonné envie
de revenir sur le ring au plus vite pour donner à
ces supporters une vraie raison de m'encourager. Je crois
que maintenant je suis prêt à revenir chez
les poids lourds.
Lisa
Scott, le 22 Juin 2004